Après deux mois à Hanoï, on reprend la route avec le "car de l'enfer", un car direct qui part de Hanoï (Vietnam) et arrive 24 heures plus tard à Vientiane (Laos).

Retour dans le passé

Le plus fou, c'est qu'on a déjà fait ce trajet de car il y a plus de six ans. Petit retour en 2018...

On débarque au terminal Nước Ngầm grâce aux transports publics. Au comptoir, on nous dit que le car partant le jour-même pour Vientiane est complet, et revenez demain. On se rabat sur l'hébergement le plus proche : un love hotel.

Le lendemain, on réussit à prendre le fameux car pour Vientiane. Il est quasi-vide : cinq autres touristes occidentaux et des tonnes de marchandises (surtout des fruits). C'est parti pour 24 heures de route entrecoupées d'un passage de douane dans la brume et de livraisons de paquets en douce.

On garde un assez bon souvenir de cette aventure : le car était pas si terrible (couchettes), et on s'était bien entendu·es avec les autres voyageur·euses1. Ce trajet-ci sera-t-il à la hauteur ? On croise les doigts...

Le terminal Nước Ngầm

Cette fois-ci, on s'y prend en avance et on réserve deux places dans un "Cabin bus VIP". Tout se passe par messages WhatsApp interposés, on espère simplement que ce n'est pas une arnaque2. Un avantage par rapport à notre dernière aventure : un certain M. Hùng viendra nous chercher au centre-ville directement pour nous amener au terminal Nước Ngầm, très excentré (pratique).

Le jour J, M. Hùng arrive à notre point de rendez-vous avec un touriste et ses bagages à l'arrière de sa moto. Il repart immédiatement et revient avec une deuxième touriste et d'autres bagages.

Il commande un minuscule taxi où on commence à s'entasser, mais le chauffeur de taxi se plaint que M. Hùng aurait dû commander un plus grand taxi et qu'il n'y a pas assez de place pour quatre personnes et huit sacs. M. Hùng dit qu'il prendra Robin à moto.

Alors que Clara papote tranquillement avec les autres touristes dans la voiture, Robin voit sa vie défiler devant ses yeux pendant que M. Hùng le conduit le long des rues de Hanoï. Il roule super vite (M. Hùng met une petite paire de lunettes de soleil pour éviter la poussière, Robin a très vite les larmes aux yeux), probablement autour des 80 km/h mais impossible à dire : le compteur est cassé, dépasse motos et voitures en slalomant à toute allure, grille tous les feux rouges (même aux grandes intersections, où les gens s'arrêtent habituellement), et dérape même une fois pour éviter un impact avec une autre moto. Tout ça sans casque, bien sûr (de toute façon, ce ne sont pas les casques vietnamiens qui auraient fait une différence en cas de chute).

À l'arrivée au bureau Viet Lao Bus (où sont entreposées des caisses de Beer Lao), Robin est soulagé... jusqu'au moment où M. Hùng lui fait signe de remonter à l'arrière de sa moto. Pas seulement lui, mais aussi Clara, ET tous nos sacs (deux gros sacs et un petit sac). Les autres touristes restent ici, mais nous, on doit encore aller jusqu'au terminal Nước Ngầm.

Illustration de la moto où on s'entasse tous avec nos bagages en plus. Robin et Clara n'ont pas l'air contents.
Jenga sur la moto : un conducteur, une Clara, un Robin, deux gros backpacks, deux petits sacs-à-dos

Mais restons positif·ves, tout ce poids à transporter ralentit sa petite moto, clairement pas faite pour porter 250 kilos. Bonus supplémentaire : Clara développe des cuisses en béton pour ne pas laisser ses pieds toucher le sol. Quinze minutes interminables plus tard, M. Hùng nous dépose enfin et nous demande tout sourire : "Good driver?"

On aura deux heures d'attente au terminal pour méditer sur sa question. Après un vote à main levée, la démocratie Eau de poisson a décidé que non, M. Hùng n'est pas un bon conducteur.

Sur une grande aire bétonnée, les cars sont garés le long des parois. Les voyageurs traversent la place dans tous les sens.
À la station de Nước Ngầm

Le car

Trente minutes avant le départ, on peut finalement embarquer dans le car. Avant de monter, il faut enlever ses chaussures et les garder avec soi dans un sac en plastique bleu : on marche à pieds nus sur le sol matelassé.

Le couloir est bordé de couchettes : sur la droite (dans le sens de la marche), des couchettes simples, sur la gauche, des couchettes "doubles", et tout au fond, une grande couchette "quadruple" (?). On est placé·es dans une couchette double de 1,30 × 1,75 m. Robin dépasse donc un peu beaucoup et profite de tendre ses jambes pour la dernière fois avant se s'installer.

Loin de nous l'idée de nous plaindre, les éléments les plus importants sont présents. Il y a de la clim, un petit rideau pour un peu d'intimité, et de la magnifique déco lumineuse très design juste au-dessus de nos têtes. Le luxe quoi.

Bus de nuit avec des couchettes bien séparées, lumières néon, les jambes de Robin sont toutes pliées.
Déco lumineuse du couloir
Des lumières bleu néon éclairent le haut de notre couchette. Le motif des lumières fait pseudo-futuriste.
Déco lumineuse au-dessus de nos têtes

Le dernier repas au Vietnam

Premier stop pour manger aux environs de 21 h. Tout le monde descend et choisit deux sandales dépareillées dans une boîte à la sortie du car. Robin utilise les siennes : il n'y a pas de taille 45.

On entre dans une halle où pourraient tenir quelques centaines de personnes. Ça court et ça crie dans tous les sens. En réalité, ça ne crie pas vraiment, c'est juste la dame qui prend les commandes à l'entrée qui les relaie à ses collègues en cuisine dans son micro.

Pour commander, rien de plus simple : il faut s'approcher de la dame au micro en évitant de se faire dépasser de tous les côtés. Robin prend un phở bò, la dame l'annonce à toute la salle dans son micro et lui donne un petit papier pour aller récupérer son plat. C'est pas incroyable et très salé, mais au moins les petits cafards qui courent sous les tables ont l'air d'apprécier ce qui glisse entre les baguettes.

Un très grand hall de cantine où sont dispersés les passagers lors de la pause. À notre table : un bol de phở et Clara qui tente un sourire fermé avec la bouche pleine.
Le hall de la cantine et Clara, toujours aussi photogénique

On revient s'installer dans notre nid douillet de 2,3 m2. La "déco" néon du plafond s'éteint enfin. On entame une belle nuit de sommeil, bercé·es par le doux bruit des voisin·es qui swipent sur TikTok.

L'attente

2 h 30 du matin, il fait chaud. On ouvre les yeux, le car est à l'arrêt. Tout est éteint, la clim aussi. On ouvre le rideau et jette un coup d'œil dehors : on est face à la douane de Cầu Treo encore fermée. On essaie de se rendormir, mais l'air devient de plus en plus chaud et humide.

Au bout d'une demi-heure, Robin n'en peut plus. Il sort en passant par dessus les gens qui dorment par terre dans le couloir du car (il fait moins chaud plus bas), accompagné de quelques autres personnes qui n'arrivent pas à dormir dans un hammam. Clara se retourne et continue de transpirer.

Robin passe les heures jusqu'au lever de soleil en bouquinant sur le bord du trottoir, en discutant avec un jeune du car grâce à ses trois mots de vietnamien (la conversation ne va pas très loin), en vérifiant toutes les dix minutes le score du match Suisse-Allemagne (il est 22 h à Francfort), et en jouant avec un bébé chien qui a l'air de beaucoup aimer mordiller ses orteils.

Tout à coup, et comme par magie, un petit stand de street food ouvre ses portes sur le trottoir et se met à vendre des bánh cuốn et du café sữa đá. Robin en prend une portion et un verre, et retourne se coucher quand les montagnes apparaissent derrière les nuages.

Bánh cuốn et liseuse de Robin sur une table en plastique rouge à la douane du Vietnam. Des camions et notre car sont à l'arrêt.
Le petit-dej de Robin au petit-matin

La douane vietnamienne

Les passagers sont abrités sous un toit métallique. Le long du trottoir, on voit les cars qui font la queue.
Les cars font la queue à la frontière, on rencontre un petit groupe de touristes d'un autre car

Aux alentours de 6 h, il faut descendre du car, la douane va bientôt ouvrir. Derrière notre carrosse, d'autres cars et camions font la queue.

Un monsieur du car nous place devant la barrière face à un douanier vietnamien. Robin, un deuxième café sửa đá à la main, lui tend nos deux passeports. Le douanier demande quelque chose en vietnamien à Clara. Elle n'est pas sûre de comprendre (son accent est très fort) et répond au hasard. Le douanier n'a pas l'air convaincu mais nous laisse passer.

Entre temps, la pluie s'est mise à tomber, et c'est juste à cet instant que l'orage éclate. On suit notre monsieur du car en courant sous la pluie jusqu'au bâtiment de la douane.

Le monsieur du car nous place dans une seconde file devant un comptoir vide. Autour de nous, les Vietnamien·nes et Laotien·nes ont tou·tes un billet de 50'000 VND (environ 2 euros) glissé dans leurs passeports. Il y a six ans, on nous avait aussi fait payer cette "taxe". Dans notre souvenir, elle n'était que d'un dollar — l'inflation touche apparemment tout le monde.

À notre tour de passer, le douanier jette à peine un coup d'œil à notre passeport avant de nous demander 50'000 VND. Robin essaie pour voir :

— What is it for?
— Stamp fee.
— The stamp is free.
— Stamp fee.
— Can I have a receipt?
(petit sourire) No.
— Oh, is this a bribe?

Pas de réponse à la dernière question, apparemment rhétorique. On paie les 50'000 VND et reçoit nos tampons.

On a perdu notre monsieur du car et continue seul·es direction la douane laotienne. Il faut de nouveau courir sous la pluie et montrer une troisième fois nos passeports pour prouver qu'on a bien reçu le tampon de sortie (et payé la "taxe").

On croise quelques autres touristes avec leur propre monsieur du car (un autre car). On nous fait tou·tes monter dans un petit tuk-tuk pour aller de la douane vietnamienne à la douane laotienne. Clara et l'accompagnateur restent debout à l'arrière, sous un tissu qui les protège plus ou moins de la pluie. À l'arrivée, on nous demande de payer 10'000 VND par personne... rien n'est gratuit ici.

La douane laotienne

En 2018, les Suisse·sses avaient déjà droit à une exemption de visa pour le Laos, valable deux semaines. On avait quand même dû payer l'habituelle "taxe" d'un dollar pour obtenir notre tampon d'entrée. Cette fois-ci, la douanière ne nous demande rien et tamponne simplement notre passeport. On se demande si les douanier·ères sont devenu·es plus intègres, ou si c'est simplement jour de contrôle à la douane (il y a beaucoup de monde en uniforme derrière le comptoir).

Après un dernier contrôle de passeport et un dernier rinçage sous la pluie, on retrouve finalement notre car à la sortie.

De ce côté de la frontière, la route est tout de suite plus boueuse et cabossée. Au fil des heures, on zigzague entre les montagnes couvertes de forêts tropicales luxuriantes, en ralentissant régulièrement pour traverser des mares de boue interminables. La clim rallumée, on en profite pour faire une sieste. Que du bonheur.

Par la fenêtre du car, on aperçoit un paysage brun, boueux et terne. On passe un arbre et deux personnes sur une moto. La photo est très floue.
Le paysage laotien, dès le passage de la frontière (en alternance avec la forêt tropicale)

Le premier repas au Laos

Vers midi, on arrive sur les rives du Mékong, sur "l'autoroute" principale du Sud-Laos qui relie Vientiane à Thakek, Paksé et à la frontière cambodgienne (pour une autre fois).

Bientôt, le car s'arrête à une nouvelle halle au bord de la route. On se réjouit de manger notre premier repas laotien, probablement du riz gluant avec une salade de papaye verte, ou peut-être un lap, ou... grosse déception lorsqu'on se rend compte que la cantine est tenue par des Vietnamien·es et qu'il n'y a pas un grain de riz gluant en vue. Le repas coûte 60'000 LAK (payable en VND également), au moins deux fois le prix habituel de ce genre de plats.

On reçoit nos plateaux : du riz, du tofu, un bout de poulet, des morceaux de porc, un œuf frit, des légumes bouillis et un rouleau de printemps ultra-huileux. Tout a l'air d'avoir traîné sur le comptoir quelques jours de trop. À refaire, on se serait débrouillé·es pour avoir notre propre repas de midi (nouilles instantanées + thermos).

Les dernières heures

De retour dans le car, on allume l'ordi pour regarder une compétition de grimpe préalablement téléchargée. Au bout d'une heure, on a les yeux lourds et c'est reparti pour une autre sieste.

Le sommeil nous porte jusqu'à Vientiane, où on arrive vers 16 heures. On descend du car près d'une journée après notre départ de Hanoï, mais avec deux heures d'avance ! Le trajet aura pris 22 heures plutôt que les 24 prévues.

Le trajet n'est pas tout à fait terminé : il faudra encore se rendre jusqu'au centre-ville depuis la gare routière du sud (située au nord). C'est une bonne idée d'éviter les tuk-tuk qui ont l'habitude d'arnaquer les touristes, et de prendre un bus public (ligne 23 ou 29).


Au final, nos deux expériences du "car de l'enfer" (2018 et 2024) se sont révélées moins pires que ça en avait l'air. On en retient : beaucoup de siestes, de la super clim (sauf quand elle est éteinte), et des couchettes pas trop mal si vous faites moins de 1,70 m.

Malgré toutes ces heures de sommeil, on arrive à Vientiane crevé·es. On est content·es de souffler ici deux nuits avant la suite du trajet direction la Malaisie.

— clara & robin

Footnotes

  1. On avait l'air plutôt content·es dans notre tuk-tuk à l'arrivée !

  2. Normalement on prendrait nos billets sur un site de confiance comme 12go.asia, mais les cars qu'on y trouve pour Vientiane sont soit super chers, soit n'ont que des sièges allongés (très courts et inconfortables pour Robin). L'alternative provient d'un site bien nommé : vietlaobus.com.

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