Il y a quelques jours, ils annonçaient une dernière journée de beau avant l'arrivée d'orages, alors on s'est levé·es à 6 heures du matin pour aller marcher au parc national de Penang.

Réveil

On sort de notre hôtel de George Town encore à moitié endormi·es et marche jusqu'à un stand de nasi lemak : du riz cuit dans du lait de coco garni d'anchois, d'un demi œuf dur et d'une quantité généreuse de sauce sambal, le tout emballé dans une feuille de banane. Des variations remplacent les anchois et l'œuf par du poulet par exemple.

Un nasi lemak couvert de sauce sambal rouge pétante, ouvert sur son emballage de feuille de banane Stand de nasi lemak, les nasi lemak côniques emballés dans des feuilles de banane sont préparés à l'arrière et disposés sur le comptoir
Vous croyiez qu'on écrirait finalement un article sans mention de nourriture ? Impensable !

Pour les non-initié·es, la sauce sambal est une sauce pimentée originaire d'Indonésie, omniprésente dans la cuisine malaisienne. Certaines recettes peuvent être TRÈS pimentées.

C'était le cas de la sauce de ces nasi lemak. Même nos kopi ais (café glacé au lait condensé) n'ont pas suffi à éteindre le feu dans nos bouches. Au moins, ça a l'avantage de bien réveiller.

Bus

La bouche encore en feu, on monte dans le bus 101 qui nous amène tout droit jusqu'aux portes du parc national, de l'autre côté de l'île, après une petite heure de trajet.

Itinéraire du bus 101 entre George Town, à l'est de l'île de Penang, jusqu'au village de Teluk Bahang au nord-ouest de l'île, entrée du parc national.

Ce matin, on partage le bus avec des étudiant·es qui vont en cours et des employé·es qui descendent à différents arrêts le long de la route, probablement pour commencer leurs shifts dans les nombreux hôtels de la côte.

La côte est très développée de ce côté de l'île : pas une minute de bus sans qu'on passe un hôtel ou une plage aménagée.

Finalement, on perd de vue les tours d'appartements de location de la station balnéaire de Batu Ferringhi, et arrive au petit village tranquille de Teluk Bahang.

Entrée du parc

À la sortie du bus, on est immédiatement abordé·es par des vendeurs de trajets en bateau.

On avait lu que beaucoup viennent au parc national npn pas pour marcher dans la jungle, mais pour profiter des plages (relativement) préservées. Comme il n'y a pas de routes dans le parc national, ce sont des bateaux à moteur (le terme "barques" serait plus exact) qui assurent les trajets entre l'entrée du parc et les plages.

On refuse poliment et se rend au guichet du parc. L'entrée, encore gratuite il y a quelques années, coûte aujourd'hui 50 ringgit (une dizaine d'euros). Au moins, l'argent va à la conservation du parc (en théorie).

Tarifs du parc national
Carte des sentiers du parc national

On s'enregistre, paie, et reçoit un petit bracelet en papier (comme si on allait à un concert), qui tombera de nos poignets après à peine une heure dans l'humidité de la jungle.

La rando commence sur un chemin bétonné le long de la plage. On voit un petit singe (un semnopithèque obscur) mais s'arrête à peine en se disant qu'on en verra plein plus loin.

Un petit singe noir grimpe le long d'un tronc d'arbre fin
Semnopithèque obscur le long du chemin bétonné à l'entrée du parc

Jungle

Tout à coup, le chemin bétonné se transforme en sentier qui quitte la plage pour s'enfoncer dans la jungle. Alors que le niveau d'humidité augmente, on commence par monter une longue série de marches suivies d'une pente plus douce sur le flanc d'une colline. On se met à dégouliner.

Bientôt on rattrape un autre groupe, les femmes combinent sans soucis le voile et les chaussures de marche. On croisera beaucoup de monde sur ce sentier, l'unique rando possible dans le parc national.

Il ne fait pas très chaud, une petite trentaine de degrés, mais l'humidité a vite fait de nous rendre complètement trempé·es. On garde les torrents qui coulent de nos fronts hors de nos yeux en les séchant avec nos t-shirts, qui deviennent eux aussi trempés. Ils le resteront jusqu'à notre sortie de la jungle.

Le sentier lui-même est plutôt bien entretenu et facile à suivre : il serait pratiquement impossible de le quitter sans une bonne machette (ou idéalement tronçonneuse). La végétation est dense et luxuriante, les arbres immenses s'élèvent droit vers le ciel qu'ils couvrent de leur feuillage, l'intégralité de la rando se fait à l'ombre.

Un immense tronc d'arbre à l'écorce lignée s'élève vers le ciel Sentier de terre à travers la végétation, traversé de beaucoup de racines
Le sentier

Contrairement à ce qu'on pensait, on ne voit aucun autre singe. Ni autre mammifère, d'ailleurs. On entend des oiseaux (sans les voir) mais le bruit de la jungle est surtout celui des bourdonnements, sifflements et grincements d'insectes. On voit une demi-douzaine d'espèces de papillons, deux ou trois de libellules et au moins une de moustiques.

"L'orchestre de la jungle" (attention au volume)
Petit papillon rose tacheté sur une feuille Plus gros papillon noir et bleu Libellule noire et bleu claire
Si la qualité des photos ne vous satisfait pas, allez demander aux insectes de se tenir tranquilles pendant qu'on les photographie.
Un tronc d'arbre blanc le long du sentier Une autoroute à fourmis le long du tronc blanc
Il y a aussi plein de fourmis. Quand une autoroutes à fourmis passe sur une racine à travers le sentier, on dirait un serpent.

Après un peu moins d'une heure et demie de marche, pause-café incluse, on émerge de la jungle sur une plage éblouissante de soleil et de sable blanc.

Plage de Pantai Keracut

La plage de Pantai Keracut (ou plage des tortues) est presque vide à part quelques autres groupes, la plupart déjà croisés dans la jungle, sur l'unique sentier d'accès.

Elle tient son surnom du fait que c'est une plage de ponte pour les tortues marines. Un centre de protection a d'ailleurs été ouvert sur la plage pour lutter contre le braconnage. Des employé·es vivent en permanence dans le centre avec la tâche de récupérer les œufs pour les placer en sécurité dans une écloserie (ce qui leur permet aussi d'influencer le sexe des tortues, via la température du sable).

Un signe dit en anglais : Sorry!!! Baby turtle already release
"PARDON!!! BÉBÉ TORTUE DÉJÀ RELÂCHE"

On arrive un peu trop tôt. Un employé du centre nous explique que la saison de la ponte dure normalement d'août à septembre, et il y n'y a donc en ce moment aucun bébé tortue au centre.

Il y a une tortue verte solitaire dans un bassin, une jeune d'une cinquantaine de centimètres. Elle s'est blessée en se prenant dans les filets d'un pêcheur qui l'a amenée au centre, où elle est actuellement en phase de récupération avant d'être remise à la mer dans quelques semaines.

Petite tortue verte dans un bassin, en forme d'amande et aux nageoires tachetées
Jeune tortue verte en convalescence

D'ici, beaucoup de randonneur·euses prennent un bateau qui les ramène en quinze minutes à l'entrée du parc, pour éviter d'avoir à faire le retour à pied. Il est encore tôt (11:30) et on décide de marcher encore un peu jusqu'à la prochaine plage. Un café et on retourne dans la jungle.

Thermos et tasse de café sur une plage de sable blanc devant une colline couverte de forêt tropicale, la mer turquoise se fond avec le ciel
Un thermos + du café instantané (+ une plage) = paradis ?

Jungle (plus profonde)

La plage de Teluk Kampi n'est plus très loin, mais elle est inaccessible par la côte : il faut repasser par la jungle.

Un pied hors du sable et on est frappé·es par le choc d'humidité. Il faisait frais sur la plage ! On se remet immédiatement à transpirer, dans des t-shirts qui n'avaient de toute façon pas eu le temps de sécher.

Le sentier entre les plages Keracut et Teluk Kampi est beaucoup moins emprunté que le précédent et beaucoup moins bien entretenu : il est plus étroit et plus accidenté, dans une jungle plus dense.

Un trou dans la canopée où le ciel est visible. La végétation est très dense. Un sentier à peine visible à travers le feuillage, barré par un tronc d'arbre tombé là.
C'est tout droit

La marche est aussi plus sportive : on commence par passer un relief assez raide où il faut même s'aider d'une main courante pour monter et descendre sans glisser. Des sections entières du sentier qui étaient auparavant aménagées (passerelles par-dessus une zone marécageuse) sont tombées en ruines (il faut marcher en équilibre sur ce qu'il reste des fondations des passerelles).

Ici, on ne croise personne.

Après une grosse heure de marche qui en paraît deux, on débouche pour la seconde fois sur une plage de sable blanc.

Plage de Teluk Kampi

La plage de Teluk Kampi ressemble beaucoup à la précédente, avec un peu moins d'infrastructures, et surtout moins de monde.

En arrivant, on croise un groupe de locaux qui nous félicitent d'être arrivé·es et nous disent que peu de marcheur·euses viennent jusqu'ici. Ils nous disent que la colline qui borde la plage au nord est un lieu réputé de nichage de l'aigle pêcheur à poitrine blanche, très discret hors de la saison de reproduction, mais qu'on entend "klaxonner" en marchant dans la jungle. Ils nous disent qu'ils ont vu un scorpion sur le sentier, un petit, et font un geste de vingt centimètres avec les doigts. Puis un bateau arrive pour les ramener à l'entrée du parc, et on se retrouve seul·es sur la plage.

Seul·es ou presque, parce que deux employés du parc sont postés ici. On ne les remarque que lorsqu'on sort notre pique-nique, quand ils décident que le moment est opportun pour nettoyer toutes les feuilles mortes de la plage au bruyant souffleur de feuilles.

Table à l'ombre des arbres sur le sable blanc. Clara sourit et tient une tasse de café. Devant elle : des nouilles instantanées, un nasi lemak déballé, des mangoustans, une bouteille d'eau.

Un nasi lemak sur son emballage de feuille de banane Un mangoustan brun rougeâtre ouvert en deux, le fruit blanc à l'intérieur. Couteau suisse posé à côté.
Pique-nique : nouilles instantanées, nasi lemak achetés ce matin, mangoustans

Quand on finit de manger, toutes les feuilles sont soufflées, et le calme revient. Robin se fait un café et Clara fait une petite sieste sur une chaise placée face à la mer.

Clara se repose sur une petite chaise en bois sous un arbre, face à la mer.
Clara sur la chaise du philosophe

Retour

Finalement, il est temps de partir. Pas de bateau pour nous : on marche deux grosses heures dans le sens inverse à travers la jungle, en croisant assez peu de monde dans ce sens-là (probablement moins de monde dans l'après-midi).

De nouveau trempé·es, on émerge de la jungle pour la dernière fois près de l'entrée du parc. On revoit notre singe de ce matin mais nos yeux sont rivés sur un énorme lézard qui court sur la plage et s'enfuit à la nage : un varan malais.

On réussit à ne pas se faire manger et commence finalement à sécher dans le bus jusqu'à George Town.

— robin & clara

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